Thriller fantastique

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Il y a des bouquins qu’on attend comme le Graal depuis des mois. On s’en fait une image mentale parce que la 4ème de couverture est énigmatique. On s’attend à quelque chose et puis finalement, l’histoire est totalement différente. Est-ce qu’on est déçu ? Bien au contraire. On est émerveillé.

Aujourd’hui je vous embarque chez la famille Turner, une famille aux prises avec un Mal ancien, digne du grand Lovecraft. Une cosmologie de monstre est publié chez Albin Michel Imaginaire et sortira en librairie le 2 octobre 2019.

4ème de couverture

« Dans Une Cosmologie de monstres, Shaun Hamill allie brillamment les univers angoissants de H.P. Lovecraft avec l’histoire contemporaine d’une famille menacée de destruction par des forces surnaturelles. Il réussit son coup, parce que ces braves gens pourraient être nos voisins. L’horreur ne fonctionne que lorsque nous nous attachons aux personnes concernées  ; nous nous attachons aux Turner, et leurs cauchemars deviennent les nôtres. La prose de Hamill est sobre, tout simplement belle. Voilà à quoi ressemblerait un roman d’horreur signé John Irving. J’ai adoré ce livre, et je pense qu’il vous plaira aussi. » Stephen King

Une famille pas comme les autres

Si je m’attendais à une histoire bien ancrée dans le présent, il n’en fût rien. L’histoire de la famille Turner nous est racontée par son plus jeune fils, Noah. De la jeunesse de ses parents dans les années 60 jusqu’en 2013, il va nous décrire le Mal sombre qui a rongé sa famille. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Tuner ne sont pas vraiment une famille comme les autres. Dans la famille, il y a Margaret, la mère qui a abandonné ses études pour se marier à Harry, un garçon passionné par l’univers de l’horreur et surtout par les écrits de Lovecraft. Ensemble ils créeront une attraction de maison hantée : « La maison de l’horreur« . Le business familial connaîtra la gloire mais aussi la descente aux enfers. Du côté des enfants, nous avons Sydney l’aînée, une artiste au caractère bien trempé, Eunice, une enfant torturée et enfin Noah, notre narrateur, arrivé dans la vie des Turner sans doute au pire moment de leur existence.

Dès le début de la construction de cette famille, une ombre plane, une silhouette apparaît régulièrement dans leur vie. Une simple sensation pour certains, une réalité visible physiquement pour d’autres. Ces yeux orange semblent suivre les Turner où qu’ils aillent. A travers la vie d’adulte des parents, mais aussi la construction identitaire des enfants, ce « monstre » va les accompagner chaque jour. Un membre de la famille non désiré qui tirera les ficelles de leur vie.

La carte de la pop-culture

Une cosmologie de monstres est un bonheur pour tout fan de pop-culture. A travers les décennies d’existence de la famille Turner, j’ai vite arrêté de compter toutes les références évoquées. De Stephen King en passant par la Famille Adams, Dracula ou Rosemary’s baby tout était là pour combler mon petit cœur de lectrice. C’est tellement jouissif, c’est tellement immersif et mine de rien, cela m’a permis de m’attacher et de m’identifier très rapidement à cette famille.

Mais bien évidemment, le cœur de ce roman c’est la mythologie lovecraftienne et tout ce qu’elle implique. A travers la passion du père puis des enfants pour cet écrivain hors normes et fondateur de l’horreur, on découvre toute la puissance de son oeuvre. Plus que tout, on comprend à quel point l’être humain est un point insignifiant de l’univers face à des forces anciennes qui le dépassent. Je n’ai qu’une culture extrêmement limitée des livres du « Maître de la Providence » mais maintenant, je n’ai qu’une envie, plonger dans cet univers de monstres, dans ce grand tout cosmique régi par des forces et des entités millénaires.

Une construction mémorable

Sept. C’est le nombre de parties qui composent le roman. Sept parties nommées selon des titres de Lovecraft. Sept parties pour sept périodes de la vie des Turner. La forme du roman est d’une perfection assez incroyable pour un premier livre. Le style est d’une fluidité implacable et d’un magnétisme assez fou. On plonge dans le récit de Noah dès les premières lignes avide de connaître le destin de cette famille.

L’auteur utilise également des typographies différentes dans son roman. Sans vous en révéler le contenu, je peux simplement vous dire que, chaque fin de partie est composée d’un texte tapé à la machine à écrire. Un texte trouble, flou, étrange mais qui prendra tout son sens à mesure que s’écrit cette histoire.

Vivre au sein d’une famille marquée par un deuil dont on ne garde aucun souvenir est comme d’être assis derrière un spectateur de très grande taille au cinéma. Autour de soi, tout le monde rit, pleure et réagit à des choses dont on ignore tout.

En bref

Une cosmologie de monstres est plus qu’un roman c’est une expérience littéraire qui laisse une marque indélébile. Des bouquins comme celui-ci, je les compte sur les doigts d’une main dans ma vie de lectrice. A travers l’histoire des Turner, Shaun Hamill nous parle des sujets essentiels qui ont accompagné deux générations. La religion, l’homosexualité, le travail, la parentalité tout est abordé avec une justesse sans faille.

La part de fantastique quant à elle est bien là mais sans être omniprésente. Le Mal peut prendre bien des formes différentes dans l’univers : la maladie, la dépression, la folie, la perte en sont également des manifestations.

Amateurs de fantastique, ce roman est pour vous. Lecteurs réticents au fantastique, je pense également que ce roman peut être pour vous. Pour moi, un immense coup de cœur et un souvenir impérissable pour la famille Turner. Je n’exagère pas en disant que la relève de Stephen King est assurée. Là, je peux l’affirmer haut et fort sans aucun doute.

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