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Thriller policier

Surface d’Olivier Norek

Les livres se sont des rencontres. Des rencontres avec un style littéraire, des personnages, une thématique. Parfois, comme dans la vraie vie, le courant ne passe pas tout de suite. On est un peu dans l’expectative, on attend de voir la suite des évènements avant de faire confiance. C’est un peu ce qui s’est passé pour moi avec Surface. La première prise de contact fût un peu compliquée sans que je sache expliquer pourquoi. Mais ce livre et moi, au fil des pages, on a appris à se connaître et la magie a fini par opérer entièrement. Place à la chronique (compliquée) de ce dernier roman d’Olivier Norek parût aux Editions Michel Lafond

4ème de couverture

Noémie Chastain, capitaine en PJ parisienne, blessée en service d’un coup de feu en pleine tête, se voit parachutée dans le commissariat d’un village perdu, Avalone, afin d’en envisager l’éventuelle fermeture. 
Noémie n’est pas dupe : sa hiérarchie l’éloigne, son visage meurtri dérange, il rappelle trop les risques du métier… Comment se reconstruire dans de telles conditions ? 
Mais voilà que soudain, le squelette d’un enfant disparu vingt-cinq ans plus tôt, enfermé dans un fût, remonte à la surface du lac d’Avalone, au fond duquel dort une ville engloutie que tout le monde semble avoir voulu oublier… 

Quand Noémie devient No

Pour Surface, Olivier Norek a choisi de placer une femme au centre de son récit et de son enquête. Dès les premières lignes, nous faisons la connaissance de Noémie Chastin, capitaine de police au mythique 36 quai des Orfèvres à Paris. Lors de l’interpellation d’un dealer à son domicile, Noémie se prend une balle de fusil de chasse en pleine tête. Elle part en ambulance, la moitié du visage déchiré par les billes de plomb. Malgré des soins exceptionnels elle reste en partie défigurée et n’accepte pas celle qu’elle est devenue. Cette copie déchirée d’elle-même. No est née.

Si elle-même n’accepte pas ce qu’elle est devenue, il en est de même pour ceux qui gravite autour d’elle. Son conjoint (et coéquipier à la PJ) la largue à l’instant où il découvre la partie droite de son visage dans cette chambre d’hôpital. Quant à sa hiérarchie, elle ne veut plus de Noémie Chastain dans les couloirs de la PJ. Son visage dérange, il met mal à l’aise, mais par dessus-tout il rappelle à tous les flics qui la croise, que dans ce métier leur vie ne tient qu’à un fil. Alors par quelques petites magouilles, elle sera très vite envoyée à l’autre-bout de la France, en Aveyron, dans un petit commissariat de campagne sur le point de fermer.

Le roman est divisé en quatre parties. La première, d’une centaine de pages, relate l’histoire de Noémie depuis son accident jusqu’à son arrivée au petit commissariat de Decazeville. Je vais être complètement honnête, je n’ai pas accroché à cette première partie. Encore aujourd’hui, après avoir terminé le livre je ne sais pourtant toujours pas pourquoi. Je me pose même la question de relire cette centaine de pages à postériori. J’ai eu l’impression d’être face à une énième fliquette bourrue, cabossée, hargneuse. Pourtant au regard de la totalité de ma lecture, le personnage de Noémie est extrêmement complexe, travaillé et humain. Comme on peut parfois l’éprouver face à une personne réelle, j’ai eu un mauvais apriori. Mais heureusement, j’ai persévéré, je me suis dit qu’il fallait gratter sous la surface… et le charme a opéré dès le début de la seconde partie du roman. La magie du lac d’Avalone a tout changé.

Un petit air des Revenants

Lorsqu’elle arrive à Decazeville, Noémie découvre un commissariat à l’agonie. Le dernier meurtre remonte l’âge de pierre et les 4 policiers s’occupant du petit regroupement de 6 communes s’occupe principalement d’agriculteurs alcoolisés et de vieilles dames séniles perdues. Pourtant dès les premières descriptions de ce coin, il transparait une atmosphère totalement envoutante.

Il m’a été impossible de ne pas faire le rapprochement avec la série Les Revenants. Le lac d’Avalone est un lac créé artificiellement grâce à un barrage. Sous cette étendue d’eau artificielle se cache ni plus ni moins qu’un village tout entier englouti par les eaux : l’ancien Avalone noyé 25 ans plus tôt emportant avec lui tous ses secrets. Mais quand un fût de plastique remonte à la surface avec le squelette d’un enfant à l’intérieur, le passé ressurgit et va faire frémir toute une communauté.

Ce décor m’a complètement envoutée et a balayé d’un revers de main toutes mes craintes après ma lecture de la première partie du roman. J’étais littéralement sous le charme de ce village au passé mystérieux. En même temps que Noémie et son équipe d’enquête, j’ai plongé dans le passé de tout un village. J’ai appris à connaître des familles et j’ai rencontré des personnages pleins d’humanité.

Le choc des cultures

Quand Noémie, flic parisienne biberonnée aux méthodes d’investigations carrées et pointues du 36 quai des Orfèvres débarque dans le commissariat de Decazeville, c’est un peu la douche froide. Elle et ses cicatrices vont devoir se faire une place dans cette équipe d’enquêteurs atypiques. Entre le commandant à un mois de la retraite, le lieutenant fils du maire, le flic maladroit et le petit bleu fils à maman, Noémie à l’impression de débarquer dans un spectacle de cirque. Mais très vite, comme nous, elle va découvrir des personnes attachantes et surtout bienveillantes.

Je l’ai énormément lu dans des chroniques ces derniers jours, mais effectivement le mot qui définit le mieux ce roman c’est « humanité ». J’ai éprouvé énormément d’affection pour cette équipe de bras cassés. A plein de reprise j’ai souri à la lecture des blagues de tel ou tel flics parce que ces blagues, ces réparties elles étaient humaines, réelles (et vraiment drôles accessoirement). Là encore, en grattant la surface, on découvre que ces flics de campagne, un peu endormis, n’en restent pas moins des bons flics. Menés par Noémie, ils sauront prendre à bras le corps cette enquête sortie des eaux et faire la vérité sur ce cold-case vieux de 25 ans qui a traumatisé tout un village.

Oui. Elle avait peur. De tout. De rester ici. De rentrer à Paris. De tenir son flingue. De cette enquête. D’affronter ceux qui pensaient qu’elle ne valait plus rien. De décevoir ceux qui voulaient croire en elle. De ne plus aimer. De ne plus être aimée. Oui, elle avait peur. Une peur qui existait réellement, comme un monstre noir qui se cacherait dans son ombre. Omniprésent, tapi, se nourrissant d’elle.

En bref

Rarement le titre d’un roman aura été aussi judicieusement choisi. Il faut toujours gratter la surface. Ne jamais se fier à la première impression ni aux apparences. Cette lecture, au début un peu laborieux pour moi, en aura été la preuve. Car sous la surface se cache une héroïne blessée, terriblement complexe et attachante. Sous la surface se cache le corps d’ un enfant disparu 25 ans plus tôt qui cherche à nous dire la vérité. Sous la surface se cache un roman terriblement envoutant. Pour moi c’est un grand oui et j’aimerai énormément retrouver Noémie et ses acolytes lors d’une prochaine enquête à Avalone.