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Roman noir

Seul avec la nuit de Christian Blanchard

Pour me remuer les tripes avec une lecture, il faut y aller fort. Le dernier qui y était parvenu était Mattias Köping avec Les démoniaques. Je dois avouer qu’en attaquant Seul avec la nuit, je ne m’attendais pas à me prendre un tel uppercut. Je savais que ce roman aborderait le sujet du trafic d’organes et d’êtres humains, mais je ne pensais pas côtoyer aussi profondément la noirceur de l’espèce humaine.

4ème de couverture

Que sommes-nous réellement prêts à faire pour sauver nos proches ?
Cette question, Éric de la Boissière se la pose tous les jours. Sa fille, Élodie, est atteinte d’une grave maladie rénale. Du fait de son groupe sanguin, ses chances de recevoir une greffe sont quasi nulles. Mais avec beaucoup d’argent… Élodie doit pouvoir être soignée, pense Éric. Dirigeant d’un établissement financier, il a entendu parler de réseaux parallèles permettant d’obtenir un organe sain de donneurs volontaires.

Que sommes-nous prêts à sacrifier pour sauver nos proches ?
Cette question, Gilles Patrick ne se l’était jamais posée. Mais depuis quelques semaines, ce grand chirurgien ne dort plus. Tandis qu’un revolver est braqué sur la tempe de son épouse et de sa fille, un groupe d’hommes le contraint à pratiquer de lourdes opérations sur de jeunes patients pourtant en pleine santé.

Les circonstances ont beau être différentes, la raison qui a fait basculer ces deux hommes dans un autre monde est la même. Et si la volonté de sauver un proche n’était pas une raison suffisante ? D’une noirceur abyssale, le nouveau roman de Christian Blanchard explore les âmes compromises et pousse ses personnages, comme le lecteur, dans leurs pires retranchements.

La noirceur à l’état pur

Je ne sais pas par où commencer cette chronique tant je suis encore retournée par cette lecture. Je ne veux pas non plus vous dévoiler trop de détails de l’histoire. Je préfère vous laissez des émotions de lecture intactes.

Nous suivons parallèlement les chemins de plusieurs personnages. Tous des destins brisés, tragiques, mais avec l’envie folle de survivre. Des enfants de 12 ans arrivés dans des conditions ignobles depuis le Moyen-Orient et l’Afrique. Des enfants pleins de rêves qui ne connaîtront que la souffrance et la soumission. Un vieil homme de 80 ans, alcoolique, ancien cheminot vivant dans un wagon aménagé en « nid douillet ». Une jeune fille de 14 ans, perdue, muette, au dos marqué d’une cicatrice énorme. Une famille anéantie par la peur de perdre leur enfant en attente d’une greffe. Et puis cet homme, chirurgien, qui sous la contrainte sera amené à pratiquer le pire.

Les destins croisés d’êtres humains abîmés qui n’avaient rien pour se rencontrer. Une descente sans aucun arrêt dans la noirceur de l’âme humaine et dans les trafics ignobles qui gangrènent le monde. J’ai été agrippée par cette histoire, d’une violence immense, dès les premières pages. J’ai souvent eu la mâchoire serrée, les larmes au bord des yeux par tant d’injustice et de souffrance. Une histoire entre Brest, Paris et Marseille qui prend aux tripes de la première à la dernière ligne.

Lorsque la réalité est pire que la fiction

Toute l’efficacité et la puissance de ce livre réside dans le fait qu’au-delà de la fiction, il s’appuie sur des faits réels, des études récentes. Ces dernières années, on a tous vu les bateaux de migrants arriver aux portes de l’Europe. Ce roman nous donne un aperçu de l’avenir qui attend ces rescapés en Europe mais aussi en France après leur arrivée. Au départ, on leur promet une Europe humaine, une France des droits de l’homme. A l’arrivée ils n’ont que pauvreté, souffrance et désolation. Saviez-vous que des enfants sains étaient volontairement amputés parce qu’ils étaient plus rentables pour mendier ? Qu’un rein pouvait se vendre jusqu’à 200 000 dollars au marché noir pour des familles qui en ont les moyens ? Quoi de plus simple pour ces trafics, que des êtres qui aux yeux de tous n’existent pas ?

Seul avec la nuit est un roman noir qui vous remet les yeux en face des trous, qui vous rappelle que le monde dans lequel on vit est loin d’être merveilleux. L’écriture est d’une puissance telle que je me suis sentie coupable, à mon niveau, de vivre dans un monde, dans une société qui laisse de telles atrocités être commises. Une chose est sûre, je suis ressortie différente de cette lecture. Marquée au fer rouge, chamboulée pour un long moment par cette histoire tellement réaliste.

Le regard dans le vide, complètement absent, sûrement sous tranquillisant, le gamin marchait de manière automatique.
– Voici votre premier patient.
Le chirurgien haussa les sourcils.
– De quoi est-il atteint ? A-t-il un dossier médical ? Des analyses ? Des radios ou un scanner ? De quelle pathologie devons-nous nous occuper ?
– On ne s’est pas bien compris. Repartons d’un bon pied tous les deux. Pas question de le soigner d’une maladie ni de l’opérer d’une quelconque lésion. Non, non… Les termes désormais à employer sont : ablation, amputation, réduction…

En bref

Si Seul avec la nuit fait partie de la collection thriller des Editions Belfond, je le classe sans aucun doute dans la catégorie « roman noir ». C’est un livre d’une violence inimaginable qui m’a interrogée sur la responsabilité de l’Europe et de notre monde actuel. C’est une intrigue captivante que nous propose Christian Blanchard. Un peu plus de 300 pages qui se tournent à la vitesse de l’éclair et nous font plonger irrémédiablement vers le pire. C’est très rare que je le dise ici, mais ce roman est destiné à des lecteurs avertis. On ne ressort pas indemne de cette lecture. Mais si le sujet et le registre vous intéressent, je vous encourage plus que fortement à vous plonger dans ce roman. Vous en ressortirez forcément avec un regard différent sur le monde qui nous entoure.