Nino
Littérature blanche

Nino dans la nuit : une plongée dans l’invisible jeunesse parisienne

Il y a des romans qui ne vous laissent pas indifférents, qui vous procurent un sentiment d’originalité, de nouveauté, un frisson peu commun. Une expérience littéraire à part. Ce fut le cas pour ma lecture de Nino dans la nuit. Roman ultra-contemporain écrit par le couple Simon et Capucine Johannin aux éditions Allia. Simon Johannin avait déjà étonné la critique avec son premier roman L’été des charognes paru en janvier 2017.

4ème de couverture

Truffée de dialogues truculents, l’écriture pleine de vivacité de ce roman plante à la perfection ses personnages. Nino, dix-neuf ans, raconte ses galères pour survivre sans argent à Paris. Amoureux de Lale, il voit son couple menacé par la pauvreté, contre laquelle il essaie coûte que coûte de lutter sans perdre sa volonté de vivre. C’est une vie de débrouille ponctuée de fêtes, celle d’une jeunesse qui cumule les petits boulots et les trafics en tout genre. Les réflexions et observations pleines d’acuité de Nino sur ce qui l’entoure esquissent le portrait d’une génération qui tente de trouver sa place dans un monde où il n’y en a plus, d’envisager un avenir. Contre l’accablement, la fureur de vivre anime les personnages de cette fresque nocturne mouvementée, fidèle à notre époque.

Ce livre est également doté d’une bande-annonce que j’apprécie beaucoup car elle permet de véritablement se mettre dans l’ambiance du roman avant de débuter la lecture. Cet excellent clip est réalisé par le groupe CONTREFAÇON


Un voyage dans la nuit parisienne

Nino est un gamin de 19 ans, en galère. Il ne veut pas vraiment demander d’aide à ses parents alors il se contente de petits boulots. Il loue un appartement qui ne devrait pas être loué et fume en une journée plus de cannabis que Bob Marley et Snoop Dog réunis. Mais Nino est un gentil garçon. Tout ce qu’il souhaite c’est une vie convenable avec Lale sa copine, l’amour de sa vie.

Alors entre deux vols de sandwichs, de papier toilette et de vodka au Carrefour Market du coin, Nino va tenter la Légion étrangère, un boulot mal payé dans une centrale-traiteur et bien sûr les trafics en tout genre. Juste pour réussir à manger, vivre dignement et surtout faire la fête avec ses potes.

Malik, le meilleur pote de Nino, son ami d’enfance est un personnage haut en couleurs. Grand noir baraqué, homosexuel assumé, grande gueule et gérant de club de nuit, Malik tentera tout au long du roman d’apporter l’aide qu’il peut à ses amis. Parfois avec succès, parfois sans pouvoir empêcher Nino de mettre les pieds dans un énième coup foireux.

Tout au long de ma lecture j’ai développé beaucoup de tendresse pour les personnages et surtout pour Nino. Partie immergée, invisible d’une jeunesse parisienne. Une jeunesse de la débrouille et des excès pour oublier que la vie n’est pas du tout celle qu’on avait imaginé. Quand on est autant au fond du trou, est ce qu’on peut s’en sortir à force de courage, de chance et d’amour ?

Une expérience littéraire originale

Nino dans la nuit est un roman presque expérimental. Pas du tout au sens péjoratif ou non-abouti bien au contraire. Le style de ce roman est particulier, métaphorique, poétique. Les mots planent en même temps que l’esprit défoncé de Nino qui nous parle à la première personne, au présent. Comme si nous étions à ses côté et qu’il nous racontait ce qui se passe dans sa tête à chaque instant.

Ce roman, demande un investissement de la part du lecteur. On ne peut pas se permettre de lire les pages en diagonal. Pour ma part, j’ai du faire preuve d’une lecture attentive. Parfois, j’ai du relire plusieurs fois certaines phrases pour en saisir tout le sens, toute la symbolique sous la métaphore.

Certains chapitres, j’ai eu l’impression d’avoir pris autant de cocaïne et d’acide que Nino tant l’écriture était vive, saccadée, planante et parfois totalement irrationnelle. Un trip de près de 300 pages.

Tu marques des pauses entre tes mots, et entre tes mots je vois l’air chaud qui sort de ton corps entrer en contact avec le froid qui nous entoure. Je suis content d’être seul avec toi. D’avoir que toi pour me refaire un monde. On a les restes du naufrage, on vient juste de s’échouer et on va maintenant devoir se construire des murs solides si on veut pas crever dans l’orage. Entre la vodka et le pétard je suis quand même allumé.

En bref

Nino dans la nuit est une lecture expérimentale, parfois éprouvante dans sa dureté, dans son style. Pourtant se fut une très belle découverte. J’ai suivi Nino dans son histoire, dans ses galères, dans son amour fou. Un jeune plein d’espoir mais surtout de désespoir. Toujours sur le fil. Si vous avez envie de lire quelque chose de très contemporain, d’assez peu conventionnel et de touchant alors ce roman devrait, comme moi, vous laissez un très agréable souvenir.