Roman noir

Mon territoire de Tess Sharpe

Première lecture de la rentrée littéraire et bam ! Coup de coeur ! Le genre de coup de coeur que je n’ai absolument pas vu venir. La 4ème de couverture m’avait certes interpellé mais, je ne m’attendais pas du tout à ça. Je n’avais pas prévu de plonger tête la première dans une histoire aussi envoutante. La dernière fois que j’ai eu autant d’émotions et d’immersion dans une lecture c’était avec Le chant de l’assassin de R.J Ellory. Donc, vous l’avez compris, je risque de vous saouler aussi un long moment avec ce roman 🙂

Aujourd’hui on embarque pour l’Amérique profonde et l’histoire d’une vie inhabituelle : celle d’Harley McKenna. Mon territoire est publié aux éditions Sonatine. Sortie le 29 août 2019.

4ème de couverture

À 8 ans, Harley McKenna a assisté à la mort violente de sa mère. Au même âge, elle a vu son père, Duke, tuer un homme. Rien de très étonnant de la part de ce baron de la drogue, connu dans tout le nord de la Californie pour sa brutalité, qui élève sa fille pour qu’elle lui succède. Adolescente, Harley s’occupe du Ruby, un foyer pour femmes en détresse installé dans un motel, fondé des années plus tôt par sa mère. Victimes de violence conjugale, d’addictions diverses, filles-mères, toutes s’y sentent en sécurité, protégées par le nom et la réputation des McKenna.

Mais le jour où une des pensionnaires du Ruby disparaît, Harley, en passe de reprendre les rênes de l’empire familial, décide de faire les choses à sa manière, même si elle doit, pour cela, quitter le chemin qu’on a tracé pour elle.

Tout pour la Famille

Harley McKenna a 8 ans quand sa mère meurt pratiquement sous ses yeux. C’est Duke, son père, baron de la drogue locale qui va alors l’élever. Avec tout l’amour dont cet homme sans pitié est capable, il va lui apprendre « le métier » et plus que tout lui apprendre à survivre, à se protéger des Sprinfield, leurs ennemis de longue date.

Duke McKenna est un homme craint et respecté de tout dans le North County. Si l’auteure reste assez vaste sur la localisation du lieu, on comprend bien vite qu’il prend place dans un Etat du Sud, une partie reculée de l’Amérique qui a ses propres lois. C’est sur ce territoire qu’Harley a été formée pour reprendre le flambeau de l’empire familial.

La vie d’Harley, ce n’est pas que le trafic de meth de son père, les recouvrements de prêts à collecter et la peur à distiller. L’empire dont rêve Harley c’est un univers de protection. Le Ruby est toute sa vie. Fondée des années plus tôt par sa mère, ce rassemblement de petits cottages est un lieu de paix et de protection pour toutes les femmes et les enfants battus, abusés et maltraités par les hommes. Un lieu qu’elle tient d’une main ferme avec Mo une vieille femme indienne. Sous la protection d’Harley et de son père, les Rubinettes tentent de se reconstruire, de se désintoxiquer, loin des hommes qui les ont détruites.

Aujourd’hui, à l’aube de ses 23 ans, l’heure est venue pour Harley de bientôt prendre les commandes. Elle est cependant bien décidée à rebattre les cartes à sa manière.

Souviens-toi, mon Harley…

S’il y a une chose que je n’aime vraiment pas du tout dans les romans, c’est la caricature. Si je prends l’exemple des thrillers psychologiques, je ne supporte plus les personnages de femmes fragiles qu’on manipule et que l’on fait passer pour folles. Dans le registre du thriller policier, ce sont les femmes cow-boy qui m’horripilent. Alors, que c’est bon ici, de trouver un personnage féminin humain, émouvant et pourtant tellement bad-ass.

Harley a été élevée à la dure, comme un soldat, par un homme qui l’aimait de tout son coeur. Quand les autres enfants de son âge prenaient leurs cartables pour aller à l’école, Harley s’entrainait au tir, apprenait à s’échapper si elle était victime d’enlèvement, aidait à faire disparaitre des cadavres. Son père ne lui a rien épargné pour faire d’elle une femme forte, qui n’a rien à craindre des hommes. Tout le livre est écrit à la 1ère personne et c’est Harley qui nous raconte son histoire. C’est elle qui nous parle avec tendresse de cet homme froid, qui a tant fait couler le sang mais qui lui a toujours voué un amour sans limites. Si certains passages sont révoltants, d’autres sont vraiment émouvants. Loin de tout manichéisme, le roman nous dévoile la vie d’une femme que nous n’aurions jamais pu imaginer.

Une construction terriblement efficace

Le roman est construit sur une alternance temporelle des chapitres. Les premiers se déroulent dans le présent alors qu’Harley s’apprête à reprendre les rênes de l’empire familial. Une des Rubinettes disparait avant d’être retrouvée en sang, défigurée, méconnaissable. Le coupable n’est autre qu’un Sprinfield. Un plan doit alors être mis en place pour rendre justice et faire cesser cette guerre interminable.

Les autres chapitres sont là pour nous dévoiler l’enfance d’Harley. Chacun de ces chapitres commence de la même manière. « J’avais …. ans quand… ». Chaque fois, la jeune femme nous raconte un moment marquant de sa vie. Ce n’est pas chronologique. Sur un chapitre elle nous raconte un passage de sa vie à 16 ans quand le suivant se passera alors qu’elle en avait 7. Ce n’est pas non plus désordonné puisque chacun de ces moments du passé servent à éclaircir ce qui se passe dans le présent.

Le rythme est parfait, totalement captivant. L’équilibre est maitrisé et l’histoire dans le présent est tout aussi passionnante que les récits du passé. On attend avec impatience l’un ou l’autre et on se laisse happer dès les premières pages par cette vie hors du commun. Si j’avais un peu peur des quelques 600 pages qui m’attendait en démarrant le roman, mes doutes ont vite été écartés et j’ai lu ce livre en ponctuant chaque fin de chapitre par un « putain mais c’est tellement bien ! ».

Si quiconque essaie de te prendre à moi, mon Harley, tu t’enfuies. N’arrête jamais d’essayer de t’enfuir.

En bref

Mon territoire est un roman captivant, terriblement envoutant et surtout très intelligent. Entourée de bikers, de dealers et de malfrats, Harley a su se forger sa propre identité et surtout son propre destin malgré une enfance qui en aurait brisé plus d’une. Loin d’être larmoyant, le livre dispose au contraire d’une force incroyable et d’une intrigue maitrisée. Il pourrait presque se lire d’une traite s’il ne fallait pas manger et dormir. Bref, vous l’avez compris un : fucking coup de coeur que je vous recommande absolument !

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