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Roman noir

Les Démoniaques de Mattias Köping

Vu que je n’aime pas faire les choses comme tout le monde, j’ai commencé par lire le second roman de Mattias Köping, Le Manufacturier. Après la grosse claque que je me suis prise, je n’ai pas mis très longtemps à me décider pour la lecture de son premier roman Les Démoniaques. En rupture un peu partout, ce fut une vraie épopée pour le trouver. Mais la traque en valait la chandelle.

4ème de couverture

Ils reprennent en choeur : 
« Joyeux anniversaire, salope ! Joyeux anniversaire, salope !  » 
Ils l’ont encerclée, hilares, à poil. Ils sont tous là, son père, son oncle, Simplet, Waldberg, Delveau, Beloncle. Elle est à quatre pattes au milieu de la meute, fragile et nue, déchirée de sanglots. Son père la maintient par les cheveux. 
Elle s’appelle Kimy. 
Ce soir, on fête ses quinze ans.

Vengeance chez les bouseux

En lisant la 4ème de couverture, vous avez sans doute compris que la lecture de ce roman n’est pas une sinécure. Les deux premières pages vous emmènent directement au cœur du sujet. Kimy, fille d’un baron de la drogue et de la prostitution locale est abusée par son père et ses potes abjects et bedonnants depuis des années. Mais la majorité vient de sonner pour Kimy. Elle est bien décidée à mener sa terrible vengeance à ses fins et à détruire la vie et l’empire de son père.

On est loin des cartels de banlieues ou des villes. Ici, on atterrit dans la profonde campagne normande. Celle des parties de chasses orgiaques, des corps de fermes aux tables qui suintent la bière. Le père de Kimy, surnommé l’Ours, tient d’une main de fer sa petite entreprise illégale. L’argent de la drogue est blanchit dans ses différentes entreprises de restauration, ses « filles » sont placées stratégiquement et contentent tous les pervers de Viaduc-sur-Bauge. En arrosant les gendarmes et politiques locaux en cocaïne et gamines, il se prémunie de toute intrusion de la justice dans son business millimétré.

Mais ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’après des années de souffrances et de haine, sa propre fille allait s’atteler à la destruction de toute sa vie. Kimy est plus qu’attachante. Sous la dureté, le côté « cassos » et les pétards par dizaines, se cache une gamine qui ne demande qu’à vivre et à être aimée. Sa rencontre avec Henri, professeur de français va initier le début de sa vendetta et de sa nouvelle vie. C’est en lui volant un livre qu’elle fera la connaissance de ce quadragénaire plein de secrets. Une relation intellectuelle, presque philosophique qui contraste avec le reste du roman et apporte une touche de douceur dans ce monde de brutes.

Souffrance et injustice

Le plus gros défit pour l’auteur était ici de nous dépeindre une triste réalité sans tomber dans le voyeurisme. Lorsqu’on traite de sujets aussi durs que le viol, la prostitution, l’inceste, la pédophilie il faut savoir, décrire, choquer sans jamais franchir la ligne du dégoût, qui vous fera quitter le livre.

Ici les scènes de violence sont courtes et intenses, sans s’attarder trop longtemps sur les atrocités. Juste ce qu’il faut pour que le lecteur se prenne un bon uppercut à l’estomac. La partie enquête policière permet, à l’instar des forces de l’ordre, de prendre du recul sur les événements. Mattias Köpping créé ainsi une rage de justice chez le lecteur. A chaque page je voulais que ces types ignobles paient et souffrent. J’aurais voulu aider Kimy dans sa quête. Certains passages sont à couper le souffle tant la tension est présente. Pour exemple, la scène où la jeune femme s’introduit chez son père pendant qu’il prend sa douche pour récupérer des informations est à vous glacer le sang. On entendait presque le cœur de Kimy battre la chamade au travers des pages (en même temps que le mien d’ailleurs).

Pour épauler cette histoire déjà très addictive, les chapitres sont très courts ce qui accentue l’envie de tourner les pages encore et encore pour connaître la suite. J’avoue qu’au tout début du roman, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire. En effet, une fois la scène d’introduction passée, l’auteur utilise une petite dizaine de chapitres pour bien poser le décor, les protagonistes et les enjeux. Avec le recul de ma lecture, ces chapitres sont bien évidemment nécessaires. Ils participent d’autant plus à la création d’émotions chez le lecteur pour la suite du récit. La fin est tout simplement explosive. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser découvrir ce dénouement époustouflant. Tout ce que je peux vous dire c’est que les dernières pages m’ont laissée blême, sans voix.

Elle expira en fermant les yeux et caressa son rêve du bout de l’imagination, sans y penser trop précisément, de peur de le briser. Oui, ils paieraient tous. Sûr. Elle termina son joint tranquillement. Elle voguait en douceur.

En bref

Alors que Le Manufacturier nous dépeint les horreurs de la guerre et de la barbarie à l’échelle internationale, Les Démoniaques prend ses racines dans une réalité bien plus proche de nous. Le trafic d’êtres humains, le marchandage du sexe, la gangrène des trafics de drogue, tout cela existe bien chez nous, même dans nos campagnes. C’est de cette réalité proche que naît l’indignation à la lecture. Cette histoire, aussi fictive soit-elle pourrait presque figurer un jour prochain dans l’un de nos journaux nationaux. Ce roman est violent, révoltant, il vous remuera les tripes à certains passages mais saura vous garder éveillé des heures durant avec un seul espoir : celui de voir Kimy triompher du Mal. Si vous avez le cœur bien accroché, je ne peux que vous recommander chaudement cette lecture disponible à la Mécanique Générale (collection poche de la maison d’édition Ring).

Si vous n’avez lu aucun des deux romans de Mattias Köping, je vous conseille de démarrer par celui-ci. Le Manufacturier monte en puissance et en complexité par rapport aux Démoniaques et c’est intéressant de voir l’évolution d’écriture de l’auteur.