Thriller policier

La neuvième tombe de Stefan Ahnhem

Stefan Ahnhem est un auteur suédois vivant à Stockholm. Son premier roman, Hors Cadre, publié en 2016 aux éditions Albin Michel met en scène l’inspecteur Fabien Risk confronté à un tueur en série dans sa ville natale d’Helsingborg. La 9ème tombe est son second roman. Si on retrouve Fabien Risk comme personnage central, cela n’a cependant aucune incidence si vous n’avez pas lu le premier tome.

Pour cette chronique, on embarque pour le grand Nord avec ce joli pavé de 700 pages dont la lecture passe comme une lettre à la poste !

4ème de couverture

La nuit tombe sur Stockholm. En quittant le Parlement après une séance houleuse pour rejoindre la voiture qui l’attend, le ministre de la Justice disparaît. Cette même nuit, à Tibberup, un petit village au nord du Danemark, la femme d’un célèbre présentateur est violée et assassinée chez elle. Bientôt d’autres corps, mutilés, sont retrouvés de part et d’autre du détroit d’Öresund.
Chargés de l’enquête, l’inspecteur suédois Fabian Risk et son homologue danoise Dunja Hougaard vont faire face au pire complot qu’on puisse imaginer… et à cette question qui tourne à l’obsession : jusqu’où peut-on aller par amour ?

Densité

Fabien Risk est un personnage à première vue un peu cliché dans l’univers du polar. Un flic bourru de travail qui délaisse sa femme et ses enfants pour se plonger à corps et à cris dans ses enquêtes, ce n’est pas le summum du renouveau. Pourtant, comme pour tous les autres personnages de ce roman, ce qui va lui donner son originalité c’est le détail avec lequel sa personnalité est modelée. Ce livre fait presque 700 pages. Alors en 700 pages, l’auteur a le temps de développer la psychologie de ses personnages et il le fait très bien. Oui, parce que rassurez-vous sur les centaines de pages qui composent ce livre, aucune n’est là pour broder.

Mais forcément qui dit densité dans un polar scandinave dit beaucoup de lieux et de personnages aux noms imprononçables dont il va falloir se rappeler. Mais là encore tout se fait naturellement, sans lourdeur. Si on veut vraiment extraire les personnages principaux, ils sont au nombre de trois. Fabien Risk dont on a déjà parlé, Malin sa coéquipière enceinte jusqu’aux yeux de jumeaux et Dundja, inspectrice de la police criminelle de Copenhague.

Et oui, si vous pensiez poser vos valises à Stockholm c’est loupé car dans ce livre votre esprit devra jongler entre deux enquêtes dans deux pays différents avec deux équipes de police différentes.

Sans hésitation, je peux classer ce roman dans ma collection de thriller pop-corn. Pas de grande originalité, des moments parfois un peu surréalistes (jamais vu une femme enceinte 7 mois, de jumeaux, taper un sprint dans la rue pour pourchasser un criminel…), mais des rebondissements à la pelle qui vous tiennent en haleine. Le divertissement ultime.

Atmosphère

Le roman se passe en plein hiver. Dans les pays nordiques autant vous dire qu’on est loin de nos petits -10° maximum. Ici, on parle du soleil qui se couche à 15h et de températures trois fois plus basses accompagnées d’un bon blizzard. Tout de suite, l’auteur nous met dans l’ambiance. L’histoire se passe sur seulement quelques jours. Noël approche quand l’enquête commence. Le ministre de la justice suédois disparaît sans laisser de trace à la sortie du Parlement. Quelques jours plus tôt, c’est le fils d’un notable qui a également disparu. Rien ne semble lier les deux enquêtes et pourtant…

A des centaines de kilomètres de là, à Copenhague, c’est la femme d’un présentateur télé qui est retrouvée chez elle, violée, assassinée. Deux enquêtes qui démarrent quasi simultanément et dont la résolution va se dérouler par alternance de chapitres. Quand je vous disais qu’il y avait beaucoup de lieux et de personnages, je ne mentais pas. Mais aussi bien du côté suédois que du côté danois, l’atmosphère est très vite immersive. Certains passages sont relativement assez hard et demandent à avoir le cœur bien accroché. Le roman est extrêmement visuel, sans temps mort. C’est aussi une des raisons pour laquelle le roman se lit aussi bien, sa précision dans le rythme. Des chapitres courts, alternés entre les différentes enquêtes. Tout est là pour tenir le lecteur en haleine et j’ai plongé tête la première dans cette histoire.

Un dernier point concernant le dénouement. Si vous me suivez depuis un certain temps, vous savez que je suis relativement intraitable sur les résolutions d’intrigue dans les thrillers. Dans le cas présent que dire à part que tout était parfait. Vous savez ces fins bâclées dont je vous parlais un peu plus haut. On est tellement loin de ça. Les fins du style : « habaenfaitletueurcétaitluimercibonsoir » ce n’est clairement pas la manière de faire de cet auteur. Ici, rien n’est laissé à la facilité et quand on croit la fin arriver il reste encore tellement de choses à découvrir.

Beaucoup seront horrifiés par ce que j’ai fait. Certains y verront une vengeance pour les injustices commises. D’autres croiront à un jeu insensé ayant pour but de ridiculiser le système et de prouver jusqu’où on peut aller. Mais la plupart s’accorderont de façon touchante à dire que seul un être profondément dérangé a pu commettre de tels actes. 
Aucun d’eux n’aura raison…

En bref

La 9ème tombe est un roman qui n’est pas exempt de défauts mais qui pourtant fonctionne très bien dans sa globalité. L’intrigue est bercée de rebondissements permanents qui m’ont tenu en haleine tout au long des 700 pages. Les personnages, bien qu’un peu clichés, n’en sont pas moins attachants et j’ai vite succombé à l’atmosphère glaciale et envoûtante du récit. Si l’ambiance est belle et bien nordique, aucun doute là dessus, le rythme de l’histoire m’a beaucoup rappelé les polars américains. Un mélange de styles au résultat très cinématographique qui fonctionne vraiment bien.

Ce roman est un « thriller-bonbon » comme je les aime. Une intrigue solide, un tueur manipulateur et des enquêteurs qui foncent tête baissée. Si vous chercher un thriller policier qui se dévore comme un blockbuster alors il est là 😉. Je recommande !