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Thriller policier

L’empathie d’Antoine Renand

Depuis plusieurs mois, je vois L’empathie apparaître en boucle sur de nombreux articles de blogs et sur Instagram. Il était temps que je me fasse mon propre avis sur ce premier roman d’Antoine Renand qui semble tant déchaîner les passions et remuer les tripes. Il est publié chez Robert Laffont dans la collection La Bête Noire.

4ème de couverture

Vous ne dormirez plus jamais la fenêtre ouverte.

« Il resta plus d’une heure debout, immobile, face au lit du couple. Il toisait la jeune femme qui dormait nue, sa hanche découverte. Puis il examina l’homme à ses côtés. Sa grande idée lui vint ici, comme une évidence ; comme les pièces d’un puzzle qu’il avait sous les yeux depuis des années et qu’il parvenait enfin à assembler. On en parlerait. Une apothéose. »

Cet homme, c’est Alpha. Un bloc de haine incandescent qui peu à peu découvre le sens de sa vie : violer et torturer, selon un mode opératoire inédit. Face à lui, Anthony Rauch et Marion Mesny, capitaines au sein du 2e district de police judiciaire, la « brigade du viol ».
Dans un Paris transformé en terrain de chasse, ces trois guerriers détruits par leur passé se guettent et se poursuivent. Aucun ne sortira vraiment vainqueur, car pour gagner il faudrait rouvrir ses plaies et livrer ses secrets. Un premier roman qui vous laissera hagard et sans voix par sa puissance et son humanité.

Alpha ou l’incarnation du Mal(e)

Comme nom de « grand méchant de thriller » on peut difficilement faire plus explicite. L’Alpha est l’incarnation même du mâle alpha qui souhaite régner en maître. A la différence de beaucoup de thrillers, L’empathie ne parle pas d’un tueur en série mais d’un violeur en série. L’Alpha est un concentré de haine à l’égard de ses semblables et plus particulièrement des femmes. Son seul et unique but est de dominer, d’effrayer, de violer. Pour s’introduire dans les habitations de ses innocentes victimes, rien ne lui résiste pas même une façade de plusieurs étages à escalader, ni des fenêtres verrouillées. Le pire est peut-être qu’il laisse ses victimes en vie pour qu’elles ne l’oublient jamais, qu’elles gardent en elles cette peur qu’il revienne un jour.

A la lecture de ce thriller, j’ai eu la confirmation que j’ai beaucoup moins de mal à lire des histoires de meurtres – même très sanglantes – plutôt que des scènes de viols. Dans L’empathie, ces moments sont tellement durs, violents, tellement décrits de manière chirurgicale que la souffrance transpire au travers des pages. C’est véritablement une épreuve de lecture à certains passages. Pourtant, Antoine Renand n’est pas dans la surenchère. Il ne tombe jamais dans le voyeurisme. Tout ce qui est décrit est là pour installer des émotions chez le lecteur, l’amener à faire preuve d’empathie envers les victimes comme le font si bien les deux capitaines de police chargés de l’enquête.

Flics mais pas seulement

Anthony Rauch et Marion Mesny sont des capitaines de police particuliers. Ils travaillent ensemble à la brigade du viol. Ce service est chargé d’enquêter sur les affaires de viol et plus particulièrement de viols en série. Lorsqu’ont fait leur connaissance au début du roman, ils travaillent sur une affaire sordide concernant un violeur sévissant dans les cabines d’ascenseur. Par cette ramification de l’intrigue, on découvre ainsi le fonctionnement de la brigade mais également la personnalité des deux agents.

Anthony, jeune trentenaire, est nommé la Poire en rapport à son physique pas très avantageux. Il est néanmoins l’un des meilleurs éléments du service notamment grâce à ses connaissances en criminologie. Avec Marion, ils forment une équipe de choc face aux pires ordures de Paris. Là où l’auteur réussi une véritable prouesse, c’est que ces flics sont assez différents de ceux que l’on peut rencontrer habituellement dans ce type de thriller. Oui, ils ont tous les deux des secrets et un passé nébuleux mais si vous saviez… On est tellement loin de ce que vous imaginez. Antoine Renand a mis toute forme de manichéisme à la poubelle. Les méchants ne sont pas que des méchants, les gentils ne sont pas que des gentils. Tout être humain à sa part d’ombre et sa part de lumière et c’est ce que l’auteur réussi merveilleusement bien à retranscrire.

Une construction novatrice

L’aspect le plus surprenant de L’empathie réside sans aucun doute dans sa construction narrative. La traque de l’Alpha, bien qu’élément important du récit, ne sera pas constamment mise au premier plan. L’auteur nous invite souvent à prendre de la hauteur et à nous focaliser sur un personnage en particulier. Ces moments du récit, prenant souvent ancrage dans le passé, nous permettent progressivement de reconstruire le puzzle de vie de chacun des personnages. Ces éléments, petit à petit, viendront faire sens et éclairer notre compréhension du présent.

Je me suis vraiment laissée prendre par la main. Je suivais l’auteur là où il voulait m’emmener. Parfois dans des moments d’actions et de violences intenses, parfois dans des prises de recul, plus temporisées. A aucun moment au court du récit je n’ai éprouvé lassitude ou ennui. Les différentes parties du récit bien que différentes se complètent totalement. Au final c’est un grande fresque de vies que nous propose Antoine Renand dans ce thriller exceptionnel.

Elle racontait son agression comme si elle en avait été le témoin. Étrangement, elle en revoyait chaque détail avec un regard extérieur, comme une scène dont elle aurait été la spectatrice. Comme si ce n’était pas elle qui avait vécu tout ça. Une autre femme. Une autre Déborah.

En bref

L’empathie est un roman extrêmement violent tant dans son sujet de fond qu’est le viol que dans les émotions qu’il fait ressentir au lecteur. C’est un thriller pour lecteurs avertis duquel on ne ressort pas indemne. L’intrigue tire toute sa force de sa construction inhabituelle et de ses personnages complexes loin de tout manichéisme. Un roman extrêmement graphique, presque cinématographique qui nous rappelle qu’avant l’écriture de ce premier livre, Antoine Renand avait déjà pris place derrière une caméra. Grâce à ce roman magistral, c’est une entrée fracassante que fait l’auteur dans le paysage du thriller français.