Derniere-sortie-pour-wonderland
Thriller fantastique

Dernière sortie pour Wonderland de Ghislain Gilberti

Dernière sortie pour Wonderland est ma première découverte de l’auteur Ghislain Gilberti. Depuis quelques temps, j’engloutis les romans de la maison d’éditions Ring. Je suis complètement sous le charme de leur ligne éditoriale et de leurs choix littéraires. Sur les avis de la blogosphère littéraire, je me suis donc lancée dans cette histoire complètement dingue qui nous entraîne dans les recoins les plus sombres du monde d’Alice et du lapin blanc.

4ème de couverture

Durant une free party, Alice Price, étudiante et artiste de la scène électronique underground, goûte à une drogue inconnue. Les effets du produit la dépassent rapidement et, aux frontières de l’overdose, un étrange lapin blanc la propulse au cœur d’un monde parallèle et piégé : l’univers de Lewis Carroll. La chenille, le chapelier fou, le lièvre de mars, le chat du Cheshire, tous les personnages du conte victorien sont là et invitent cette Alice contemporaine dans les sombres mystères de la création du vrai Wonderland. 
Les innocents ne sont pas toujours ceux que l’on croit, les alliés sont rares et les périls nombreux. Si elle veut rester vivante, la jeune Alice n’a plus le choix et doit reconstituer le puzzle diabolique de Lewis Carroll.

Une réécriture du conte

Au travers du trip délirant de la jeune Alice Price, Ghislain Gilberti nous entraîne sur les traces du célèbre roman de Lewis Carroll : Alice aux pays des merveilles. Mais quand l’héroïne du roman plonge à Wonderland grâce à un cocktail de drogues inconnues, on comprend très vite que son voyage sera moins chaleureux que celui de Disney ou de Tim Burton. Ici pas de bienveillance, de douce folie et d’émerveillement. Le Monde du lapin blanc, de la chenille et du chapelier fou n’est plus qu’une version sombre et démoniaque de lui même. Perverti jusqu’à la moelle, ce lieu n’est à présent plus que danger, mort et dépravation. Privée de sa mémoire du monde réel, Alice va devoir survivre dans ce monde hostile en tentant progressivement d’en comprendre les rouages. Chacune de ses rencontres s’avérera dangereuse si ce n’est potentiellement mortelle.

J’ai pris un réel plaisir à suivre Alice dans Wonderland. A chaque chapitre je ne pouvais m’empêcher de mettre en parallèle la scène jumelle du dessin animé de Walt Disney. La réécriture du conte est captivante, déroutante et parfois totalement malsaine. Ici, on est loin de la jolie histoire enfantine qui existe dans l’imaginaire collectif. Plus j’avançais dans le roman et plus je sentais qu’une facette méconnue de l’histoire prenait de l’ampleur…

Le vrai visage du créateur

Lors de mes études de lettres modernes j’avais quelques souvenirs d’un cours où le prof nous avait dressé une biographie de Lewis Carroll. Un auteur atypique, atteint sans doute du fameux syndrome de Peter Pan. Sans trop s’étirer sur le sujet, le prof avait également abordé une facette plus sombre de l’écrivain, son attachement un peu trop prononcé aux enfants et plus particulièrement aux petites filles.

Dans Dernière sortie pour Wonderland, Gilberti choisi de mettre en parallèle l’histoire et la vie du créateur. Ainsi, dans son trip coloré, Alice sera sujette aux bonds dans le temps. Elle sera parfois extirpée de Wonderland pour se retrouver aux côtés de Caroll au XIXème siècle. Elle n’aura alors d’autre choix que de le voir s’adonner à ses pires perversités notamment avec la jeune Alice Liddle, fille du doyen de l’Université d’Oxfort, qui lui a inspiré l’héroïne du conte.

Ces passages sont véritablement éprouvants à la lecture. Non comptant d’abuser physiquement de ces fillettes, Carroll exerce sur elles une pression psychologique en les terrorisant avec ses histoires imaginaires. Durant ces rencontres forcées avec le créateur de Wonderland, l’héroïne cherche à détourner le regard de ces scènes abominables. Et nous pauvres lecteurs on aimerait en faire de même avec la page que nous sommes en train de lire… Petit à petit, on comprendra que la perversité de Carroll est la même qui est à l’oeuvre dans Wonderland.

Un genre littéraire inqualifiable

Même après avoir refermé le livre je serai incapable de classer ce roman dans un genre littéraire. Passant du conte merveilleux à une biographie malsaine, l’auteur nous entraine avec une alternance de féerie et d’horreur à la frontière de plusieurs genres littéraires.

L’écriture de Ghislain Gilberti est à la fois délicate et brutale. Il décrit avec une précision hypnotisante les décors de Wonderland. J’étais happée par les dialogues ubuesques d’Alice avec les différents personnages du conte. Je me sentais comme elle, prisonnière d’un délire et d’une situation insolvable. Et puis, à la fin de certains chapitres, sans ménagement, tout comme Alice, je me retrouvais embarquée dans une scène réelle, abominable.

Malgré le grand écart des registres et du propos, la cohérence de l’oeuvre est totale et l’auteur parvient à petit à petit à dresser un schéma complet dans la tête du lecteur. On est face à une écriture maîtrisée, envoutante et totalement hors norme. C’est ce qui fait toute l’originalité et la réussite de ce livre. Je sais que ce roman est une oeuvre un peu à part du reste de la biographie de l’auteur mais son style m’a donné envie d’en découvrir plus. Sa Majesté des ombres sera sans doute une de mes prochaines lectures ;).

« La vision collective populaire des tiens, ceux de la surface, s’est trouvée modifiée et terriblement appauvrie. Des livres adoucis, des films mielleux, des variations aux accents féériques : des centaines d’oeuvres inspirés du vrai Wonderland ont fini par générer d’autres embouchures, plus commodes, faciles d’accès, et un simulacre de nos contrées : le faux Wonderland. »

En bref

Dernière sortie pour Wonderland est un voyage littéraire complètement nouveau à mi-chemin entre le conte noir et le thriller historique. Une lecture à la fois profondément envoutante et choquante. Jamais plus vous ne regarderez ce conte de la manière. Vous ne pourrez vous enlevez de l’esprit que derrière cette histoire loufoque et psychédélique se cache un monstre. Je ne peux que vous conseiller cette lecture totalement hors norme et vous inciter à plonger dans le monde merveilleux horrible de Wonderland.