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Thriller policier

Avis de décès de Zhou Haohui

Le polar asiatique est un toujours un phénomène du genre. Qu’il s’agisse de production cinématographique ou de littérature, les thrillers policiers venus d’Asie nous proposent toujours des codes bien différents que ce que nous connaissons avec le polar occidental. D’ailleurs, sur grand écran, les thrillers coréens sont connus pour bousculer les limites et nous proposer des scènes d’une violence assez rare.

En littérature, le polar asiatique est bien moins connu et médiatisé en France que son équivalent scandinave. Alors quand les éditions Sonatine ont annoncé cette parution d’un des plus grands maîtres du polar chinois, j’ai foncé, tête baissée en espérant retrouver ce qui fait toute l’originalité de ces thrillers.

4ème de couverture

18 avril 1984. Une série de meurtres inexpliqués dans la ville de Chengdu, incite la police à mettre sur pied une unité spéciale, la 4/18. Parmi ses membres, Zheng Haoming, un flic d’élite et Pei Tao, major de l’académie de police. Échouant à trouver le coupable, l’unité est dissoute. 
Vingt-deux ans plus tard, Zheng Haoming est toujours obsédé par cette affaire. Mais au moment où il pense enfin tenir un indice majeur, il est assassiné. L’Unité 4/18 renaît alors de ses cendres. C’est le début d’un jeu du chat et de la souris avec un tueur aussi intelligent qu’insaisissable.

Gare à la sentence d’Euménide

Chengdu est la capitale de la province de Sichuan. C’est dans cette ville, du centre-ouest de la Chine que se tient l’intrigue de ce roman. Ville démesurée, surpeuplée, elle incarne cette Chine en plein essor économique et démographique.

22 ans avant notre intrigue, des meurtres sanglants ont traumatisé la police locale. Un tueur insaisissable a fait plusieurs morts dans les rangs de la police avant de se volatiliser. La cellule spéciale inter-services 4/18, créée à l’époque, est dissoute faute de plus d’éléments pour mener l’enquête. Lorsque débute le roman, 22 ans plus tard, Zheng Haoming, ancien membre de l’unité n’ayant jamais baissé les bras, semble sur le point de trouver une piste le menant au tueur. Quelques heures plus tard, il est retrouvé égorgé dans son appartement.

Très vite, des éléments amènent les membres actuels de la police de Chendgu à faire le lien avec cette vieille affaire que tout le monde avait préféré oublier. Alors que le tueur, se faisant appeler Euménide, reprend du service et envoie ses premiers « avis de décès« , la cellule spéciale est reformée. S’en suit une chasse à l’homme totalement captivante. Le tueur est d’une intelligence et d’un machiavélisme hors-norme. A l’image d’un serial-killer à la Seven ou Zodiaque, il met en place un jeu de piste macabre que les policiers vont devoir décoder pour faire cesser la terreur qui règne dans la ville.

Une mise en place singulière

Le polar asiatique diffère du polar occidental en de nombreux points. Concernant l’intrigue en elle-même peu de changement. La police doit arrêter au plus vite un criminel complètement hors de contrôle qui accumule les cadavres sur son passage. En revanche, l’atmosphère et le rythme de l’histoire sont d’une originalité parfois déconcertante.

C’est une atmosphère totalement étouffante qui ressort de ce roman. L’image de cette ville surpeuplée, démesurée, parfois nauséabonde prend aux tripes dès les premières pages. C’est presque si on ne s’imagine pas les odeurs de friture dans les rues et les nuages de pollution qui stagnent au dessus des habitations. Chaque rue, chaque recoin semble apporter son lot de dangers dans cette ville aux millions d’habitants. La Chine possède une culture très différente de la nôtre. Si cela se ressent bien évidemment sur le mode de vie, la manière de penser des personnages est également empreinte de cette culture asiatique. Ainsi, dans les rangs de la police, les personnages ont un sens de l’honneur et du dévouement complètement hors-norme et exacerbé. Certains affaires, anciennes, mais pourtant capitales, ont pu être mise sous silence pendant des années simplement pour ne pas apporter la honte sur un membre de l’équipe ou une famille. C’est une manière de procéder souvent bien différentes de nos codes occidentaux qui donne lieu à un déroulement très différent de l’enquête.

Enfin, le rythme du récit est lui aussi atypique. A mi-chemin entre le style souvent contemplatif du polar scandinave et celui très vif du polar français ou anglo-saxon. Des moments d’action, violents, intenses vont précéder des chapitres beaucoup plus « intellectuels », où la prise de recul et l’analyse prennent le pas sur l’action. C’est cette suite d’accélération et de décélération qui donnent à Avis de décès ce rythme si singulier et totalement passionnant.

AVIS DE DÉCÈS

ACCUSÉ : Yuan Zhibang
CRIMES : Infidélité récurrente, violences psychologiques et abandon d’une innocente jeune femme ayant mené celle-ci au suicide.
DATE DU CHÂTIMENT : 18 avril
EXÉCUTEUR : Euménide

En bref

Avis de décès est le premier tome de cette nouvelle trilogie de Zhou Haohui. La section spéciale 4/18 n’a pas encore gagné la guerre, seulement une bataille. C’est avec une immense impatience que je vais attendre de retrouver Han, Pei, Mu et tous les autres dans le prochain tome. Une adaptation sur écran est également en cours de production.

Au delà d’une intrigue policière maîtrisée, menée par un serial-killer d’un charisme et d’une ingéniosité terrifiante, l’atmosphère et le rythme non-conventionnel de ce récit font toute la différence. Si vous êtes lassés de ces polars aux rouages parfois un peu répétitifs, ruez-vous sur ce roman. En revanche, je ne vous promets pas que vous réussirez à dormir sur vos deux oreilles… Mais si vous n’avez rien à vous reprocher, Euménide ne devrait pas vous adresser un de ses avis de décès 😉.